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Les axes de recherche

AXE 1 : L’histoire et les métamorphoses de l’antisémitisme

Cet axe est coordonné par Gilles DENIS, Maître de conférences HDR en épistémologie à l’Université de Lille, et Joël KOTEK, Professeur en Science Politique à l’Université Libre de Bruxelles.

L’hostilité envers les Juifs est décidément polymorphe et complexe pour réinventer constamment son objet (de haine). Ce qui distingue, en effet, l’hostilité envers les Juifs de toutes les autres formes d’intolérance (xénophobie, racisme, ethnocentrisme), c’est tout à la fois la durée, l’intensité, la persistance et, plus encore, la plasticité du prétexte accusatoire. C’est aussi bien au nom de la foi (Mahomet/Luther) que de la raison (Voltaire/d’Holbach), de la lutte des classes (Staline) que de la lutte des ‘races’ (du racisme d’inspiration darwinienne au nazisme), de la cohésion sociale (Proudhon) que nationale (Maurras), que s’est justifiée l’hostilité envers les Juifs. Aujourd’hui, c'est au nom de la défense des opprimés que des Juifs se retrouvent vilipendés, attaqués, sinon martyrisés. Cet axe se propose d'aborder l’antisémitisme selon trois dimensions. La plupart des historiens de l’antisémitisme proposent, en effet, de sérier la judéophobie en quatre moments bien distincts :

• L’antijudaïsme, qui désigne le rejet des Juifs dans le Cité hellénistique (II-I er s.), chrétienne (IVème-XIème s.), puis musulmane (VIIème-XIXème s.).

• L’antisémitisme d’inspiration religieuse, à partir du Moyen âge tardif et jusqu’aux Temps modernes.

• L’antisémitisme moderne, politique et racial, y compris au sens du monde arabo-musulman.

• L’antisionisme dans son acception radicale qui fédère trois sources, extrême-droite, extrême-gauche et arabo-musulmane.

 

L’idée est de s’interroger à la fois sur les différences intrinsèques des quatre temps forts mais aussi sur les invariants qui les caractérisent. Cet axe 1, intégré donc aux antisemitism studies au niveau international, propose d’accueillir différentes et nouvelles approches dans l’étude des diverses manifestations de judéophobie ou d’antisémitisme, quelles que soient les périodes et les régions, pour mieux analyser et comprendre celles qui s’expriment aujourd’hui. Il s’agit d’acquérir diverses perspectives sur le problème de l’antisémitisme et de son impact sur la société, avec comme thèmes notamment : la spécificité du phénomène, notamment par sa durée ; les ruptures et continuités de l’antisémitisme et de ses représentations ; la question des invariants, telle l’idée de complot, du Juif infanticide ; les interrogations sur le lien entre la représentation graphique du Juif au Moyen Âge, du sioniste et de l’Israélien ; les effets bénéfiques ou négatifs voire pervers d’une intégration trop bien réussie (Égypte hellénistique, Espagne musulmane puis catholique, France fin de siècle, Allemagne de Weimar, Russie soviétique) ; la définition d’outils à même de mesurer le phénomène antisémite/antisioniste ; les passerelles entre antisémitisme et antisionisme.